mercredi 25 avril 2018

Méthode, numéro d'avril 2018

Lancé d'abord sous le nom de "Sans Frontières", le mensuel de l'institut culturel français de Donetsk, devenu "Méthode" poursuit son bonhomme de chemin et la croissance de cette très belle passerelle entre la France et le Donbass. 

Un grand merci à Hélène Sydorova et François Maurice ainsi qu'aux contributeurs de ce magazine qui me font l'honneur de m'accueillir parmi eux.

Erwan Castel


Le numéro d'avril de "Méthode" est désormais consultable en ligne ou téléchargeable. J'invite mes amis à s'enrichir de la lecture de ce numéro remarquable. Merci à nos amis rédacteurs et contributeurs pour ce très beau numéro et bonne lecture à tous.

François Maurice


mardi 24 avril 2018

Les représailles continuent


En préambule deux petites remarques personnelles :
  • L'appellation de "sanctions" qui a été choisi par les pays qui ont lancé depuis 2014 cette offensive continuelle sur l'économie russe est complètement fausse mais choisie sciemment car elle sous entend être une réaction à une infraction un règlement ou une loi en vigueur (on parle de sanctions disciplinaires, sportives etc.). Or ces mesures anti-russes, qui ne sont que vengeance suite aux objectifs majeurs manqués par le coup d'Etat du Maïdan (Crimée et Donbass), en étant contraire au Droit international et au Droit du commerce devraient plutôt s'appeler "représailles".  
  • Je ne suis pas aussi optimiste et fanfaron que nombre de propagandistes qui disent que les "sanctions" égratignent à peine l'économie russe. Certes les parades organisées par Moscou les ressources immense de la Fédération et la solidarité des peuples de Russie ont permis d'atténuer les destructions de cette guerre économique lancée contre le pays, mais je pense que les blessures sont bien là, sinon pourquoi continuer à supporter l'effet boomerang inévitable d'un tel terrorisme économique ? Reste à savoir combien de temps la Russie va t-elle pouvoir encore encaisser les chocs ?

Lors du dernier sommet du G7 où l'Ukraine était invitée, Moscou a été à nouveau accusé de "déstabiliser la situation dans le monde", par les pays occidentaux qui, n'étant pas à une incohérence près ont aussi exprimé leur volonté de continuer à coopérer avec la Russie.

"Compte tenu de la responsabilité de la Russie dans le conflit, nous exhortons la Russie à stabiliser sans délai la situation sécuritaire au Donbass. Nous rappelons que la durée des sanctions économiques liées au Donbass est clairement liée à la mise en œuvre complète et irréversible des accords de Minsk par la Russie. Ces sanctions ne seront annulées que si la Russie remplit réellement ses engagements, mais nous sommes également prêts à prendre d'autres mesures restrictives si les actions de la Russie l'exigent ".

En présence de leur marionnette ukrainienne, les membres du G7 ont psalmodié leur "soutien indéfectible à la souveraineté de l'Ukraine" Donbass mais également Crimée dont  le retour en Ukraine est la condition sine qua non à l'arrêt des représailles économiques.

Les leitmotivs habituels des occidentaux qui ne sont que prétextes pour continuer l'étranglement économique de leur principal empêcheur de penser en rond ont cette fois été teinté d'une agressivité russophobe encore plus virulente accusant Moscou d'une "dégradation de la situation des droits de l'homme dans la péninsule et les violations et les abus commis contre sa population par la Russie en Crimée."

Concernant le Donbass, alors qu'ils n'ont pas levé le petit doigt lorsque Kiev a pondu sa "loi pour la réintégration du Donbass" qui signe l'arrêt de mort des accords de paix signés à Minsk, les pays du G7 ont renouvelé leur soutien dans ce processus, "seule solution durable au conflit" et le travail de l'OSCE sur le terrain.

Dans une inversion accusatoire hallucinante, les pays occidentaux du G7 qui depuis des décennies  renversent à force révolutions, coups d'Etats et guerres les pays non alignés, ont "appelé  la Russie à cesser son comportement irresponsable et déstabilisateur, y compris l'ingérence dans les systèmes démocratiques des pays" et "de respecter ses obligations internationales, ainsi que ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU)"...

Fallait oser mais les cons, c'est vrai que ça ose tout ! 

Erwan Castel

Article référence : Tass


Le missile antichar "Fagot"

Les armes du front / 3


Sur le front moderne, les armes antichars connaissent souvent des extensions d'emploi, notamment dans les guerres urbaines ou les guerres de positions où les belligérants se retranchent dans des positions fortifiées qu'ici on appelle d'ailleurs, empruntant à la langue française : "blindages".

Dans l'arsenal antichar des République populaires de Donetsk et Lugansk, on trouve une panoplie impressionnante de canons et "tubes" divers issue des stocks soviétiques récupérés lors de l'insurrection (l'Ukraine disposait encore des stocks les plus importants hors Russie hérités de la guerre froide). Canon Rapira, lance roquettes RPG 7, 22, 26 etc. ainsi que des système de missiles filoguidés comme le 9k111 "Fagot" (AT4 Spigot dans son appellation OTAN).

Le Fagot est un système d'arme antichar de 2ème génération qui fait son apparition en 1962, en même temps que le 9m113 "Konkurs" avec qui il partage le même lanceur. le principe est un tir de missile qui reste connecté au poste de tir par des fils fins qui se dévident au fur et à mesure et permettent au tireur d'en corriger la trajectoire. 


On peut trouver ce système d'armes soit embarqué soit transportable (12kg) avec une mise en oeuvre très rapide. 
  • Le missile de 120mm emporte 1,7 kg d'explosif capable de percer de 200 à 400 mm de blindage selon l'inclinaison
  • La portée est de 2500 m et le taux de réussite pour des servants engrainés approche les 90%.  
  • La vitesse de vol du missile après départ est de 190 mètres secondes et la cadence de tir d'un poste peut être de 3 missiles par minutes.
Sur le front du Donbass, ce type d'arme antichar longue portée vient compléter les divers  RPG de courte portée et on peut observer, comme ces derniers son utilisation contre les bunkrers et les positions fortifiées des tranchées.

Tir au but sur une position fortifiée de "Prayvi Sector" en avril 2018


De chaque côté du front, ce type d'emploi de missile antichar contre des casemates est quasi quotidien et très souvent efficace. Voilà pourquoi il serait naïf de croire le ministère ukrainien de la défense ainsi que son mentor le Pentagone lorsqu'ils affirment que les livraisons des missiles américains Javelin sont exclusivement réservées à un usage défensif contre les blindés russes. 

Les armes antichars ne risquent pas de se taire et encore moins d'attendre de cibler un blindé pour continuer à aboyer dans les replis invisible des zilonkas (forêts linéaires) et embrasures des bâtiments effondrés.

Erwan Castel



Ne pas oublier, ne jamais pardonner


Souvent les gens me demandent si un jour le Donbass et l'Ukraine pourraient à nouveau se réunir.

La réponse est Non !, car cette guerre décidée par Washington et Kiev il y a bientôt 4 ans a définitivement rompu les amarres entre l'Ukraine et cette région russe que Lénine lui avait rattaché en 1928 pour la doter d'un potentiel industriel.

Certes, tous les pays ont connu des conflits, mais celui ci apporte par sa dimension de guerre civile et surtout son caractère génocidaire un sel qui empêchera aux plaies de l'Histoire de se refermer. Un vétéran de la seconde guerre mondiale rencontré à Debalsevo disait en parlant des ukrainiens "ils sont pires que les nazis car ils bombardent les villes et un peuple qui hier étaient du même pays".

Aujourd'hui des stèles fleuries bornent tous les quartiers de Donetsk rappelant l'horreur d'une guerre dont les canons tonnent toujours aux portes de la cité.

La population du Donbass ne pourra jamais oublier ni pardonner...

Je vis dans un quartier où la population si elle est restée debout dans la tourmente n'en est pas moins traumatisée par ce qu'elle a enduré depuis 4 ans. Ici chaque habitant a été victime ou témoin direct des crimes commis dans sa rue depuis 4 ans par l'armée ukrainienne. 

Parmi les souvenirs sanglants qui marquent à jamais ce quartier au Nord de Donetsk, est celui du bombardement du 30 janvier 2015 :

Ce bombardement ukrainien,qui intervient au plus fort des combats pour la reconquête de l'aéroport il y a 3 ans exactement, faucha 12 vies innocentes, blessant 30 autres et terrorisant cette partie d'Oktyabrsky, quartiers civils pourtant éloignés du front.

Ce jour là, à Oktyabrsky (district de Kuybishevsky), des centaines de personnes civiles dont les vies sociales ont été anéanties par la guerre font la queue devant le le centre culturel "DK" utilisé pour la distribution d'aides alimentaires quand plusieurs obus explosent précisément au lieu et à l'endroit où elles sont rassemblées.





Généralement il n'y a pas de hasard dans cette guerre car le même jour c'est une station de bus qui est frappé dans Donetsk et ce type de bombardement terroriste continue toujours et encore malgré le cessez le feu signé à Minsk.

Mais le pire pour moi, qui me trouvait ce jour là en partance pour Donetsk via Moscou, reste la complicité de mon pays à ces crimes de guerre. Car entre la collaboration des gouvernements cupides et l'indifférence de leurs populations lâches, la France où je suis né, ce pays qui signa tant de belles pages de l'Histoire européenne, et par extension l'Occident, m'inspirent aujourd'hui plus de dégoût et de honte que de fierté.

Cette guerre, que tentent de cacher ses commanditaires occidentaux et ses exécuteurs ukrainiens, aurait fait nous dit-on un peu plus de 10 000 morts au cœur de l'Europe.
Foutaise ! et les français que nous sommes, déployés sur le front pour certains depuis 3 ans, savons bien qu'il existe, comme dans le temps de toute guerre, une double comptabilité macabre. La réalité est toujours atténuée lecteurs des combats, pour ne pas contredire sa propre propagande ou nourrir celle de l'ennemi. En réalité ce chiffre de 10 000 (civils et militaires) peut malheureusement être au minimum doublé. D'ailleurs, une note des services de renseignement allemands avançait quand à elle des 2015 le chiffre de 50 000, tandis qu'un rapport ukrainien fin 2017 évoquait 10 000 tués rien que pour les forces de Kiev.

Si les Occidentaux envoient à nouveau leur marionnette ukrainienne dans une nouvelle offensive contre le Donbass, il faudra alors craindre le pire, car les forces de Kiev depuis 3 ans se sont renforcées considérablement en équipement et effectif et que la population civile dans sa majorité est revenue vivre dans ses villes un temps désertées.

Aussi, Plus que jamais il ne faut pas baisser la garde dans les combats menés contre ces massacres perpétrés au cœur de l'Europe 75 ans après la seconde guerre mondiale. 
Dans les tranchées militaires, humanitaires ou celles de l'information nous devons être chaque jour plus nombreux et vigilants pour ne pas être condamner à revivre une nouvelle tragédie européenne.

Erwan Castel


dimanche 22 avril 2018

La peur est revenue, mais la foi reste !

Au 2014 rue Rybalko à Zaitsevo, est mort Anatoly Moskalets un civil frappé par des éclats d'obus
Depuis 4 ans la population du Donbass qui vit sur l'étroite bande de la ligne de front n'a plus à démontrer depuis longtemps son courage et sa capacité de résilience. Et pourtant depuis quelques jours une tension est à nouveau visible dans la démarche et les regards des riverains d'Oktyabrsky qui se soqui à nouveau soumettent au contrôle des block-posts ui à nouveau ceinture avec la ligne de front leur quartier stigmatisé par la guerre.

Pendant ces 3 journées de repos, passées à réparer le toit de la maison que des shrapnels avaient crevé le 10 avril dernier, des bombardements de l'artillerie ukrainienne ont troublé régulièrement les oiseaux jouant dans les pruniers en fleurs. 

Une artillerie qui des mortiers aux obusiers en passant par les canons des chars de combat a entamé une escalade sensible de ses harcèlements offensifs sur un front qui s'attend à voir se déclencher à tout moment une nouvelle offensive de Kiev contre le Donbass.

Au cours des dernières heures par exemple :

Sur le territoire de la République de Donetsk, Volvo Center, l'aéroport et Spartak au Nord de Donetsk, Dokuchaievsk au Sud de Donetsk ou Zaitsevo au Nord de Gorlovka ont été bombardés quotidiennement depuis 3 jours, y compris en journée comme le marché de Dokuchaievsk ou un civil a été blessé ce matin à 09h15

Sur le territoire de la République de Lugansk, ce sont les secteurs de Popasnaya et Pervomaisk (près de la limite entre les 2 républiques) Svitlodarsk ou Bahmutka qui vont eux aussi subir des bombardements réguliers pendant la nuit et la journée.


A Oktyabrsky beaucoup de discussions tournent à nouveau autour de la situation militaire et les nouveaux renforcements du front et des contrôles font dire aux familles que le cauchemar menace à nouveau ce quartier du Donbass qui est certainement celui qui a été le plus détruit depuis ce 26 mai 2014, lorsque  la guerre frappe l'aéroport de Donetsk.

Ici les gens n'écoutent plus que d'une oreille distraite les inévitables logorrhées propagandistes des pouvoirs en lutte qui de chaque côté du front inondent leurs médias asservis de leur sempiternelle et soporifique vision manichéenne du conflit. Ici les femmes et les hommes répètent "il faut en finir une bonne fois avec cette guerre pourrie", mais d'abord et en attendant la paix il faut "protéger les enfants", etc... et chacun de s'organiser pour aménager à nouveau les caves, préparer une adresse de repli en cas de forts bombardements, redonner les consignes aux enfants etc...

Les informations familiales ici traversent le front et circulent de maison en appartement, s'échangent sur le marché de la gare, toujours très fréquenté même lorsque les orages d'acier grondent à l'horizon. Et aucune ne vient infirmer les inquiétudes des habitants, bien au contraire.

Mais si la peur est revenue, elle ne cède cependant jamais à la panique, même lorsqu'au milieu d'une nuit déchirée par les déflagrations des larmes naissent dans les yeux d'une mère anxieuse veillant sur ses enfants dans un renfoncement éloigné des fenêtres tremblantes.

Alors que les accords de Minsk alourdis par leur impuissance à se faire respecter finissent d'être engloutis dans les sables mouvants d'un cynisme occidental meurtrier, l'Opération Spéciale Antiterroriste lancée il y a 4 ans par les putschistes du Maïdan contre les populations russophones d'Ukraine, elle aussi s'achève à la fin du mois.

Et pour laisser la porte ouverte au pire: cette loi de réintégration du Donbass dont l'application est désormais prête à être mise en oeuvre par Kiev, après 3 mois de réformes juridiques, militaires et politiques. De son côté le Président Poutine, devant l'obstination belliciste occidentale, et qui est visible sur de nombreux fronts militaires, économiques et politiques, s’apprête à former son nouveau gouvernement, dont beaucoup de sources informées s'accordent à dire que sa composition confirmera au niveau mondial ce que mes voisins d'Oktyabrsky craignent pour leur sanctuaire coincé entre le bélier étasunien et le rempart russe.

Ici les autorités civiles et militaires de la République de Donetsk tout en restant confiantes et calmes ont entamé, à la veille des célébrations de début mai célébrant la victoire contre le nazisme, une montée en puissance de leurs ressources de défense et renforcé toute la ligne de front comme en témoignent les nombreux block posts réactivés et tranchées creusées entre Donetsk et Gorlovka par exemple.

En retournant sur le chemin de la caserne je croise des uniformes aux allures décidées mais surtout des sourires et des signes de croix des femmes rentrant du marché vers leurs maisons au delà desquelles gronde à nouveau la bête immonde.

"No pasaran !"

Erwan Castel





vendredi 20 avril 2018

L'OTAN, "un soutien total à l'Ukraine"

"Nous continuerons à fournir des armes à l'Ukraine"


Le 18 avril 2018, le Comité de l'OTAN est venu rencontrer à Lvov, berceau du bandérisme, des officiers de l'Etat major ukrainien. La délégation atlantiste d'une quarantaine d'officiers supérieurs de l'OTAN, menée par le général tchèque Peter Pavel, est venue renouveler le soutien du bras armé européen de Washington lors d'une visite à l'Académie nationale des forces terrestres, "Hetman Petro Sagaidachny". 

Au cours des échanges réalisés avec les responsables militaires ukrainiens, les représentants de l'organisation atlantiste ont assuré qu'elle continuera "à soutenir l'Ukraine et fournira également les outils et les événements nécessaires, le Comité militaire devrait être considéré comme un soutien total de l'Ukraine et nous continuerons à fournir des armes à l'Ukraine".


A noter également la présence de Alexander Hug l'adjoint de la mission de l'OSCE dans le Donbass, un organisme européen censé rester neutre dans son observation du conflit (à 0,53" sur la vidéo)


Nous observons donc, au delà des beaux discours des pays européens engagés dans le processus de paix signé à Minsk en septembre 2014 puis février 2015, la continuité d'une complicité de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, dont ils sont des membres importants, à une stratégie russophobe et criminelle engagée par Kiev sur ordre de Washington.

La ploutocratie mondialiste continue donc dans son désir de militarisation de l'Ukraine post-Maïdan a vouloir faire de ce pays européen situé sur le "pivot stratégique" européen un bélier à précipiter contre les murailles de la Russie via le détonateur du Donbass.

Les postes de tir antichars "Javelin" étasuniens et les fusils d'assaut canadiens qui doivent arrivés cette année sur le front ne seront donc que les premiers jets d'huile lancés au dessus du Donbass par les incendiaires irresponsables occidentaux.

Erwan Castel

Source de l'article : VK "Анти - кацап"  ( pro ukr)

Repos au son du canon

De gauche à droite, au premier rang : "Fila", "Tchornei", "Sidor", "Rambo", Ramses" et "Rex". 
Au deuxième rang : "Zakhar",  "Zaets", "Sneg", Philippe, "SKS", Sébastien, "Snak", mézigue, et "Sultan".

Depuis hier je suis de retour à Donetsk pour un repos de 2 jours mais dans une atmosphère toujours remplie par les bruis de la guerre, surtout dans le quartier d'Oktyabrsky redevenu dans sa profondeur une zone militaire active et aux lisières duquel les pilonnages de l'artillerie ukrainienne ont recommencé de plus belle.


Vendredi 20 avril 2018

Hier, sur le front de Promka la relève des groupes a été réalisée tandis que tonnaient les armes ukrainiennes entre les positions. A notre retour à la caserne après une ruée vers les douches, le nettoyage des armes et les retrouvailles avec Mourka la féline mascotte de l'unité, nous avons été invité par l'Etat major du régiment a un concert clôturant le deuxième anniversaire de la création du Régiment des forces spéciales de Donetsk qui a réuni plusieurs unités issues des premières milices de la République Populaire de Donetsk et qui forment aujourd'hui 4 bataillons déployés aux avants postes du front.


A l'issue de cet interlude réalisé au centre culturel slave, retour au train train militaire, des rapports de mission et des vérifications de matériels avant un départ vers Oktyabrsky rythmé par les détonations de l'artillerie ukrainienne pilonnant la ligne de front située aux lisières de ce quartier Nord de Donetsk à nouveau ceinturé par une ceinture de "blokposts" et sillonné par des patrouilles armées. 

Depuis le nouveau bombardement de l'usine de traitement et distribution d'eau potable située entre Yasinovataya et Avdeevka, la distribution d'eau est coupée dans le quartier suite à la fermeture de la station de filtration, jusqu'au milieu de la nuit des tirs de mortiers ukrainiens ont secoué le quartier prolongeant dans l'intimité du repos l'ambiance d'une guerre qui inquiète de plus en plus la population dont les informations familiales, recueillies de l'autre coté de la ligne de front, en territoire occupé par l'armée ukrainienne, confirment la haute probabilité d'opérations offensives prochainement.

Ces bombardements ukrainiens sont aujourd'hui généralisés sur toute la ligne de front et particulièrement dans les "zones de contact" où les lignes sont très rapprochés. Kominternovo dans le Sud, Dokuchaievsk au Sud de Donetsk, Trudovsky à l'Ouest, l'aéroport au Nord, Yasinovataya bien sûr, mais aussi Zaitsevo au Nord de Gorlovka ou le secteur de Debalsevo sont à nouveau sous les orages d'acier de Kiev.

Quartier de Trudovsky à l'Ouest de Donetsk 19 avril 2018 

Dans le secteur Nord de Donetsk où je réside, le 19 avril en soirée, les tirs de l'artillerie qui ont commencé sur le secteur de Spartak (à l'Est de l'aéroport) vers 20h00 se sont étendus sur toute la lisière Nord d'Oktyabrsky et vers 21h00 ont été amplifiés par des échanges importants de tirs d'infanterie au niveau des ruines de la zone aéroportuaire située à 500 mètres de la maison. 

Les rapports militaires du matin ainsi que ceux des organismes observateurs du "cessez le feu" normalement en vigueur sur la ligne de front font état de plus de 1000 munitions tirées dans la journée d'hier sur le territoire des Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk.

Retrouvailles avec Mourka dans un concert de ronrons et un festival de câlins
Ce matin à l'aube le canon réveil s'est chargé de réveiller la maisonnée sous un ciel froid aux nuages lourds d'une pluie fine.

Aujourd'hui, réparation sous un temps pluvieux, de la toiture crevée par des schrapnels il y a 10 jours, et surtout retrouvailles autour d'attentions familiales et d'un bon repas loin des lassantes boites de kacha et touchonka du front.

Bientôt la fin du mois d'avril et également celle de l' "Opération spéciale Antiterroriste" lancé il y a 4 ans par les putschistes du Maïdan dirigés par le pasteur sanguinaire Tourtchinov. Mais pour autant, la fin de cette campagne militaire ukrainienne criminelle lancée contre les populations russophones du pays n'est pas pour rassurer la population des Républiques séparatistes de Donetsk et Lugansk, car elle doit être remplacée début mai par la mise en oeuvre de l'application de cette "loi pour la réintégration du Donbass" votée il y a 3 mois à Kiev et qui ouvre la voie juridique, politique et militaire à une offensive contre le Donbass à dimension régionale car la Russie y est l'ennemi officiellement désigné.

Erwan Castel

Les sourires et les fatigues de retour du front de Promka
Soins attentionnés pour les 2 compagnes attachantes du front 

La "troika des fransous" de Piatnashka

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

jeudi 19 avril 2018

Le Donbass, un peuple en armes

Sergeï dit "Lissi" au tirant un Vog, cette grenade à fusil dont le système de propulsion amovible peut se fixer sous le canon de la kalashnikov.

Il y a 4 ans à 100 km au Nord de Donetsk, la guerre commençait à Slaviansk (100 km au Nord de Donetsk), provoquée par l' "Opération Spéciale Antiterroriste" lancée par les putschistes du Maïdan contre les populations russophones d'Ukraine qui voulaient défendre leur identité.

Depuis, au mileu de la tourmente, de jeunes Républiques populaires sont nées dans un Donbass coupé en deux par une ligne de front où plus de 120 000 hommes s'affrontent dans une guerre larvée dans un réseau de plus de 300 kilomètres de tranchées et de casemates enterrées. 
Entre 10 et 20 000 morts et des dizaines de milliers de blessés  témoignent de la réalité violente de cette guerre cachée, oubliée.

Ils ne sont plus là, les Strelkov, Bessler, Mozgovoi, Givi, Motorola etc., ces capitaines ayant mené la Rébellion à la victoire. Certains sont rentrés chez eux, tandis que d'autres ont été lachement assassinés par un ennemi incapable de les vaincre sur un champ de bataille.

Et pourtant elle est toujours là cette armée d'ouvriers mineurs, d'étudiants, d'artisans, de paysans accrochée à sa terre noire du Donbass et sa Liberté conquise. 

"Zaets" un autre sniper de l'unité.
Depuis 4 ans des dizaines de milliers de volontaires sont venus au devant des chars et des canons ukrainiens, souvent avec des moyens dérisoires pris à l'ennemi pour combattre cette haine bandériste d'un autre âge  ressuscitée par la russophobie délirante d'une hégémonie vampirique occidentale. 

Aujourd'hui cette milice aux uniformes bigarrés est devenue une armée professionnelle coordonnée, équipée et entraînée. Forte de près de 30 000 hommes, cette force combattante est toujours composée uniquement de volontaires du Donbass, d'Ukraine mais aussi d'une vingtaine de pays depuis l'Eurasie jusqu'aux Amériques en passant par l'Europe.

A la différence de Kiev, Donetsk et Lugansk n'ont pas besoin de recourir à des mobilisations régulières pour alimenter ce front du Donbass. Chaque semaine, malgré l'enlisement des combats, des hommes et des femmes se présentent aux bureaux de recrutement des Républiques ou directement aux portes des casernes. 
Certains sont là depuis 4 ans, piliers aguerris des groupes de combats et gardiens de la flamme de la rébellion. D'autres en sont à leur 2ème ou 3ème engagements sous les drapeaux aux aigles bicéphales ou d'autres encore entrent seulement aujourd'hui dans la famille d'un bataillon. 

La brigade internationale "Piatnashka" est l'une de ces familles militaires qui constituent depuis 2014 l'ossature de la milice populaire du Donbass devenue armée républicaine. Fondée à partir d'un noyau de 15 volontaires sous le commandement d' "Abkhaz" cette unité, qui affiche dès sa naissance sa dimension internationale, est devenue au fil des combats et des sacrifices un bataillon d'élite toujours engagé sur les secteurs les plus dangereux du front.

 "Mamaï" le commandeur de la Brigade internationale Piatnashka, en inspection dans les murs de "forteruine"
Forte de 3 compagnies de combat et d'unités rattachées, la Brigade Piatnashka, commandée aujourd'hui par "Mamaï" un volontaire d'Ossetie, constitue le 2ème bataillon du Régiment des forces spéciales de Donetsk.
Ses unités sont déployée dans plusieurs secteurs du front et notamment au Nord de la ville de Donetsk, entre Yasinovataya et Avdeevka.

Aujourd'hui la menace d'une nouvelle offensive ukrainienne, que nous attendons depuis 3 ans bientôt, semble se préciser. L' "Opération Spéciale Antiterroriste" de Kiev va laisser la place en mai à l'application de la "loi de réintégration du Donbass" votée au Parlement ukrainien et qui donne de facto le feu vert pour une nouvelle offensive contre les Républiques de Donetsk et Lugansk.


Jeudi 19 avril 2018

Sur le secteur tenu par notre unité, la tension grandissante est palpable et le bruit des armes comme celui des pelles durcissent une ligne de front déjà très chaude du fait de la proximité des lignes de front (100 à 300 mètres).

Entre Yasinovataya et Avdeevka, le "commandeur" de Piatnashka et des officiers de son Etat Major viennent souvent inspecter nos positions qui se renforcent de jour en jour et le moral de leurs défenseurs. 

Les tirs ukrainiens, d'habitude erratiques, sont redevenus des mitraillages et bombardements vifs et précis qui interviennent tout au long de la journée et de la nuit. 
Mortiers de 82mm, canon sans recul de 73mm, roquettes antichars, grenades propulsées de 40mm, bitube de 23 mm sont à nouveau revenus dans la sarabande des armes légères d'infanterie. 

Ce sont surtout les snipers qui animent en ce moment le champ de bataille. Renforcés de chaque côtés du front ces électrons libres aux allures de caméléon se livrent à des traques mutuelles permanentes et des observations fouillées des positions adverses.

Sniper à l'affut au milieu d'une pièce renforcée (l'éclat est dû au flash)

Et tandis que les voix grésillantes des radios égrenant les comptes rendus d'observations sont l'ambiance sonore ininterrompue des casemates, les drones repartent à nouveau traquer les nouveautés ennemies au dessus des tirs énervés de leurs armes automatiques. 

Les hommes ici sont calmes et confiants, aguerris depuis des mois et pour beaucoup des années dans ces tranchées qui sont leur deuxième maison. Et lorsque "le matin du grand soir" va arriver, nous savons que derrière nous des milliers d'autres volontaires se lèveront pour nous rejoindre, sans compter la mère en colère qui viendra protéger ses oursons.

D'ici là , avec les autres camarades de Piatnashka dont nous attendons la relève pour  quelques jours de repos à Donetsk,  nous continuons à veiller sur les remparts du Donbass libre.

Erwan Castel

Oleg, un vétéran des premiers combats  et toujours en première ligne

Mézigue à l'écoute des positions ennemies situées à moins de 100 mètres

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front

mercredi 18 avril 2018

Nouveau crime de guerre de Kiev

A Yasinovataya, l'usine de filtration d'eau à nouveau bombardée


Nouvelle attaque contre des civils travaillant à l'usine de distribution d'eau potable de la région de Donetsk.

C'est dans notre secteur entre Yasinovataya et Avdeevka que se trouve cette usine de traitement et distribution d'eau potable dont dépendent plusieurs centaines de milliers de personnes de la région de Donetsk. 

Lorsque les forces ukrainiennes envahissent la "zone grise" située entre Yasinovataya et Avdeevka l'usine DFS se retrouve non seulement dans une zone de combat mais devient même régulièrement la cible des soudards de Kiev qui veulent priver la population du Donbass d'eau potable.

Or, selon la convention de Genève qui définit les règles internationales d'engagement lors des guerres, les belligérants ont le devoir de préserver ce type d'infrastructure vitale pour la population civile.

De plus cette usine de traitement d'eau dispose de stocks importants de chlore, ce qui rajoute un risque majeur de pollution chimique de l'environnement et notamment du réseau hydrographique.

A plusieurs reprises L'OSCE est intervenue auprès de l'État major ukrainien pour qu'il libère la zone et permette aux équipes de maintenance de continuer le service du centre industriel en toute sécurité.

Peine perdue car les soldats ukrainiens continuent régulièrement à bombarder sciemment cette zone particulièrement sensible.
Ainsi ce 17 avril, lors d'une nouvelle violation du cessez le feu, le bus civil de l'entreprise "Eau du Donbass" qui assure la rotation des équipes d'ouvriers a été bombardé par les soudards de la 95eme brigade ukrainienne.

- violation du cessez le feu 
- civils pris sciemment pour cible
- bombardement d'un site protégé 

Bilan : 5 ouvriers blessés et la fermeture d'une usine distribuant l'eau potable à plus de 500 000 personnes. 

Erwan Castel


Photos de John Patrick Lancaster, un reporter indépendant installé à Donetsk et qui réalise un travail remarquable.

La Nature comme socle

Le retour du printemps au milieu des datchas bombardées de la zone de Promka, entre Yasinovataya et Avdeevka, au Nord de Donetsk.

« Quand le monde nous semble vaciller sur ses bases,
 un regard jeté sur une fleur peut rétablir l'ordre. »

(Ernst Jünger, La Cabane dans la vigne)


Mercredi 18 avril 2018

Sur le front du Donbass, au Nord de Donetsk les ombres qui se battent au milieu des ruines peuvent observer la force de cette Nature qui survit dans un monde dévasté par la haine des Hommes.

Malgré et même pendant les bombardements et les combats, les oiseaux chantent le retour du printemps, renards et faisans renouvellent le cycle immuable de la vie et la flore redonne des couleurs au morne paysage dévasté.

Par sa puissance, sa beauté et sa générosité, cette Nature divine offre aux Hommes naufragés d'eux mêmes et guettés par la folie, l'espérance de retrouver un jour cette sagesse perdue dans les égouts de la vanité humaine.

Erwan Castel

Les autres extraits de ce journal du front peuvent être retrouvés ici : Journal du Front